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Témoigner pour faire avancer les choses ...

-  MISE EN GARDE  -

Les témoignages présentés ici n'ont en aucun cas vocation à se substituer au travail thérapeutique d'un psychologue ou d'un psychiatre. Si vous avez envie de témoigner pour faire bouger les choses, rétablir certaines idées fausses et participer à une rénovation du monde de la santé vous êtes la ou le bienvenu(e). Plus nous parlons, plus nous rectifions les fausses idées et plus nous aiderons d'autres à éviter des souffrances inutiles.

Mais si votre témoignage est un appel au secours, ne refermez pas la porte derrière vous. Restez joignable. Docteur K est en lien direct avec l'association Santé pour les Professionnels de Santé (SPS) disposant de médecins, de psychologues, d'aides juridiques tous rodés à la thématique de souffrance au travail. Acceptez notre aide.

 

Témoignages de Pros

Dire les choses en sachant que celui qui écoute a connu les mêmes galères.
Participer pour changer les choses. Ne plus accepter l'inacceptable.

Choisir la médecine comme carrière a été dès le départ un choix dicté par le coeur plus qu'avec l'intellect. A 20 ans l'idée d'apprendre un métier dont le but est de soulager, de soigner, voire de sauver est une idée enthousiasmante. Faire 8 ans d'études n'était pourtant pas facile à réaliser pour quelqu'un issu d'un milieu ouvrier et avec un bac littéraire en poche. Et j'ai adoré apprendre mon métier, malgré les difficultés.

Les premières années d'exercice en milieu rural étaient éreintantes, fatigantes, mais aussi gratifiantes. Je tirais même une certaine fierté du fait de travailler 14, 15 voire 16 heures par jour, de me lever en pleine nuit pour répondre à une urgence ressentie et pour rassurer une maman inquiète pour son enfant fébrile. Mais sans m'en apercevoir le travail prenait le dessus sur le reste de ma vie. Il passait avant ma femme, mes enfants, ma famille. Le travail occupait 95% de mon esprit.

Lorsqu'après 10 années, mon mode d'exercice a changé suite à un déménagement vers le Sud de la France, on aurait pu croire que ma situation s'en voie améliorée. Et, en effet, travaillant désormais en ville et en cabinet de groupe, l'amplitude d'horaire était moindre, la fréquence des gardes et astreintes avait chuté de 80%, je n'étais plus tout seul dans mon coin et j'avais du temps libre. Mais au même temps d'autres facteurs étaient entrés en jeu : une lourdeur administrative plus grande, l'incivilité et les exigences d'une population urbaine, un grand nombre de pathologies chroniques complexes et de pathologies psychiatriques à gérer, ... Et pourtant, j'avais l'impression de faire face.

Puis, en 2010, un évènement familial tragique et très éprouvant sur le plan affectif, fait tout basculer. En l'espace d'une année, mon humeur change, je deviens irritable, cholérique, mais aussi anxieux et moins sûr de moi. A des épisodes de cynisme et colère à l'encontre des patients, des confrères et des administrations, font suite des accès d'angoisse avec troubles neuro-végétatifs sévères. Des nuits sans sommeil, des cauchemars centrés sur les patients et le travail. Je me replie sur moi-même, perds 26kg, essaie de compenser par une activité sportive intense. 

Je finis par me rendre compte que ça ne va plus. Je note même le numéro d'appel de l'association M.O.T.S. sur un bout de papier que je garde dans ma poche, mais je ne consulte pas et je ne téléphone pas non plus. A la fin, je me battais tous les matins avec une boule dans la gorge, des douleurs abdominales et une envie intense soit de diriger ma voiture sur un platane, soit de partir sans m'arrêter Dieu sait où. La tentative d'automédication par divers antidépresseurs et d'anxiolytiques s'avère un échec total, seule une psychothérapie basée sur la méditation pleine conscience me procure un certain calme et m'aide à sortir très progressivement sur une période de 3 ans de cette spirale infernale.

J'entâme alors une formation universitaire en thérapie cognitive et en réduction de stress dans le but de faire bénéficier mes patients de ce qui m'a aidé moi-même. Il a fallu pour cela d'incessants allers-retours vers la Belgique pendant 3 ans, parce qu'en France aucune formation sérieuse équivalente n'existe. Notre cabinet décide d'accepter de devenir pôle de formation en prenant en charge des internes de Niveau 1 et de Niveau 2, activité très intéressante mais aussi chronophage. Je deviens président du collège départemental des généralistes enseignants. Parallèlement à ces nouvelles responsabilités, je travaille en IME avec des enfants autistes et en ITEP, je prends également en charge deux fois par semaine des groupes thérapeutique de MBCT, ... et finis ainsi de travailler presqu'autant d'heures que lors des 10 ans passés en milieu rural.

Fin février 2016, une embolie pulmonaire bilatérale massive rattrapée in extremis m'oblige pour la première fois de ma vie de me mettre en arrêt maladie.

Après deux mois, je reprends le travail en dépit de troubles respiratoires persistantes et d'une hyperfatigabilité gênante. Mais je tiens bon. Puis petit à petit les horaires, que j'avais initialement restreints, se ré-élargissent. Je reprends les groupes de thérapie, ...et les troubles du sommeil.

8 mois plus tard, je me réveille un samedi matin à 3h. Ne retrouvant plus le sommeil, je me lève et fonds en larmes devant un documentaire à la télé. Je me pointe malgré tout à mon travail, mais vers 8h30 un essoufflement majeur ressemblant à une récidive d'embolie pulmonaire aiguë affole ma secrétaire et deux de mes collègues et me vaut une hospitalisation en urgence via le 15. Après bilan, le diagnostic d'attaque de panique sévère tombe, attaque qui est suivie par 3 autres pendant le week-end. Et pourtant, le lundi matin je vais au travail pour ne pas embêter mes collègues dont deux sont en congé cette semaine là. Il me faut 4 comprimés d'Alprazolam 0,5 pour tenir.

Mercredi matin, impossible de me lever, ma femme m'oblige à rester à la maison, ... je sors le petit bout de papier de ma poche, où il résidait depuis 6 ans, et je téléphone (enfin) au numéro de M.O.T.S..

Cela fait maintenant plus d'un an que je suis en arrêt maladie et, à en croire mon psychiatre et le médecin conseil de la CARMF, je ne suis prêt à reprendre mon travail de ci peu. 25ans de cette manière de pratiquer la médecine ont laissé des cicatrices profondes et il est maintenant évident à mes yeux que j'ai attendu trop longtemps avant de consulter...

H., 56ans, généraliste

Envie de témoigner ? Ecrivez anonymement dans cette rubrique tout ce que vous n'arrivez peut-être pas à dire à vos collègues, votre famille ou votre conjoint.

Ecrire en détail et chronologiquement ce qui vous a amené petit à petit à être mal aide se prendre conscience et au même temps constitue un témoignage précieux. Seuls celles et ceux qui sont passés par là comprennent réellement ce qui se passe. 

Chaque nouveau témoignage est un pas de plus vers une VRAIE prévention qui ne peut être qu'une nouvelle manière de définir et d'exercer les métiers de la santé. 

Chaque nouveau témoignage met un visage sur les effets néfastes d'un système de santé qui se déshumanise de plus en plus et dans lequel rentabilité, performance et profit ont depuis longtemps remplacé la bienveillance et l'empathie.

Initiales, âge, sexe, profession

 

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